J'en reviens pas comment les opposants à la loi C-484 sont mal informés à ce sujet. Ils prennent les "talking points" du lobby pro-avortement et les regurgitent sans confirmer si c'est vraiment le cas. Prenons par example, l'article de Marie-Andrée Chouinard:
En ce domaine, les acquis sont trop fragiles pour permettre quelque recul que ce soit.
Mais je croyais que la Cour Suprême du Canada avait déclaré que l'avortement était un
droit. Est-ce vrai ou faux? Si c'est un droit, il n'y a aucun danger, non?
Sous des dehors vertueux -- que l'assassinat d'une femme enceinte soit pénalisé à la hauteur de ce qu'il est, c'est-à-dire un double meurtre --, ce projet privé porté par le conservateur Ken Epp ouvre hypocritement une brèche vers la criminalisation de l'avortement.
Ils ont peur de dire les choses comme elles sont: ce n'est pas la mort de la femme qui serait pénalisée, mais la mort du foetus. Même si la femme demeure en vie, si son foetus meurt, l'aggresseur serait coupable de sa mort.
C'est pourquoi les pro-choix, les groupes de femmes, les médecins spécialistes et jusqu'aux députés de l'Assemblée nationale, qui ont voté hier à Québec une motion unanime dénonçant le projet de loi, ont tout à fait raison de craindre que le projet de loi C-484 ne consacre de façon détournée des droits au foetus en reconnaissant le meurtre foetal.
Lis la loi. Il n'y a pas de reconnaissance de "meurtre". Peu pas, le foetus n'est pas consideré comme un être humain.
Les nouveaux articles, qui passeront à l'analyse en comité parlementaire, font d'un criminel accusé de l'homicide d'une femme enceinte un double meurtrier, ce qui alourdirait sa peine.
Il n'y a pas de double meurtre. Impossible-- l'enfant à naître n'est pas une être humain.
Il a beau brandir une disposition qui précise que la proposition ne porte pas sur «un acte posé relativement à une interruption légale de la grossesse», cette mise en garde n'est pas suffisamment rassurante. Des juristes craignent que les gains du passé -- notamment les refus de la Cour suprême de considérer le foetus comme une entité juridique -- soient peu à peu érodés par une telle ouverture.
Ce n'était pas un "gain". La Cour Suprême a dit qu'en l'absence de législation sur le foetus, la mère et le foetus sont considerés comme "un". La Cour n'a jamais écarté la possibilité de légiferer là-dessus, et a même invité le parlement à le faire en 1989. En réponse, le gouvernment Mulroney a présenté la loi C-43, qui a été défait dans par un vote dans le Sénat en 1992, si ma mémoire est bonne.
Aux États-Unis, où les acteurs pro-vie jouissent d'une imposante tribune, 37 États invoqueraient l'argument du meurtre foetal. Et, parfois, entièrement au désavantage de la femme, qu'on prétendait pourtant vouloir protéger en passant par le droit du foetus à la vie. Très médiatisé, le cas de cette adolescente texane de 16 ans, dont le conjoint purge une double peine de prison à vie, illustre bien la fabrication de précédents. À la demande de son amie enceinte de jumeaux, le jeune homme avait sauté sur son ventre, provoquant la fausse couche souhaitée. Au Texas, où des dispositions juridiques protègent le foetus, le jeune homme a été condamné pour double meurtre.
Mais aucune femme a été poursuivie à cause d'une loi reconnaissant une victime de crime non-née. Tous exemples présentés par les pro-avortement n'étaient pas en rapport avec des lois sur les victimes non-nées du crime.
Le NPD et le Bloc québécois s'y sont ouvertement opposés, mais on s'étonne: prétextant le choix du vote libre pour tout projet de loi privé, plusieurs des libéraux de Stéphane Dion, sans ligne directrice, ont cautionné le projet de loi C-484.
Donc, on va forcer les députés à voter contre leur conscience sur une question très contreversée?
En effet, pour tous les risques qu'il présente, ce projet de loi ne fait miroiter aucun gain mirobolant.
Ben non-- perdre un foetus, c'est pas plus grave que se couper un ongle, voyons! Ça mérite pas d'être un crime.
Un criminel jugé coupable du meurtre d'une femme et de son foetus aurait droit à une peine d'emprisonnement plus lourde? Il existe des voies moins risquées pour atteindre le même objectif: par exemple, transformer en facteur aggravant le fait de commettre un crime contre la personne d'une femme reconnue comme étant enceinte.
C'est déjà le cas, madame.
Après des années de lutte -- et de lutte âpre --, les droits des femmes reposent sur de trop friables acquis pour qu'on les réduise à néant, surtout avec ce projet de loi qui prétend sournoisement se faire leur protecteur.
'Scuse, mais tuer son enfant à naître est un droit féministe et non un droit de femmes. Je m'indigne qu'on promouvoie l'avortement en mon nom.