12 février 2016

À bas les faux valentins...


Je publie ce lien pour soulever une problématique qui existe dans nos écoles: la tentative de protéger les enfants de toutes expériences négatives.

Aujourd'hui on observe la Saint Valentin à l'école de mes filles. La politique est: si tu donnes des valentins, il faut que tu en donnes à tout le monde.

J'ai toujours détesté cette politique, même si mes filles, étant autistes, risquaient d'avoir peu ou pas de valentins.
À chaque année, mes filles reviennent de la maison avec des dizaines de valentins que je sais ont été remis de force. Donc, des valentins bas de gamme. C'est extrêmement condescendant. Je sais que mes filles ont de la misère à maintenir des relations avec leurs camarades de classe, et que peut-être elles ne sont pas populaires. Mais en même temps, se faire présenter des valentins de force-- comme si ç'avait de la valeur, c'est poche. Ça donne une fausse vision de l'amitié, ce qui est encore pire pour mes enfants, parce qu'elles apprennent qu'il n'est pas nécessaire de faire un effort pour gagner l'amitié des autres, l'amitié leur est due.

Cette année, comme j'ai une cheville cassée, je n'ai pas pu acheter des valentins pour ma fille. Elle aurait voulu faire UN valentin pour son amie spéciale (qui est dans l'autre classe, m'enfin). Elle a fait un valentin maison pour son prof. Je ne pense pas que ça va déranger. Mais je trouve que son valentin maison avait plus de valeur que les 20 valentins achetés chez Dollarama qu'elle va recevoir cet après-midi.

Mon autre fille avait de la misère à se faire des amis quand elle avant environ 7-8 ans. C'était pénible pour elle. Elle est plutôt Asperger, pis son problème...c'est qu'elle est trop intelligente pour sa cohorte (genre, l'autre jour j'ai passé une heure à lui expliquer l'histoire constitutionnelle du Québec.) Il fallait qu'elle se débrouille pour savoir comment s'accorder avec le monde pour qu'elle puisse se faire une vie sociale à l'école. Elle voulait juste jaser, mais ses camarades voulaient jouer à des jeux comme tag -- des jeux physiques. Ce n'est pas que les autres la détestait-- bien au contraire, elle est très respectée pour son intelligence et son humour, mais ils leur manquent des choses en commun. Il fallait que ma fille passe à travers cette étape-là. Aujourd'hui, elle a des amis avec qui passer la récréation. Peut-être en 2e année elle n'aurait pas eu des valentins. Mais finalement, ce n'aurait pas été là le problème. Valentin ou pas, son problème était sa vie sociale. Lui donner des valentins n'aurait pas résout son problème.

Encore une autre anecdote: Au primaire, on ne marquait pas formellement la Saint-Valentin. En cinquième année, j'ai décidé de faire des valentins à une époque où c'était moins commun au Québec pour les enfants de présenter des valentins à leurs amis. En tout cas c'était comme ça chez nous. J'ai tracé un coeur sur une feuille mobile et j'ai écris une phrase banale, je l'ai découpé et je l'ai remis à un garçon. C'était très innocent mon affaire, je n'avais aucune espérance de réciprocité. Ben le gars était tellement ému qu'il a fait pareil-- il a tracer un coeur sur une feuille, et il a écrit "you're cute" dessus et il me l'a donné. J'étais tellement épatée qu'un gars me dise ça, ça m'a vraiment fait ma journée.

C'était innocent, non-organisé, tout à fait broche-à-foin. Mais ç'avait beaucoup de sens pour moi. C'est plate qu'on prive les enfants d'expériences semblables.

2 commentaires:

Richard Synnott a dit...

Bonjour Suzanne,

Je te lis toujours, en français comme en anglais. C'est toujours une joie en plus d'être un plaisir.

Suzanne F. a dit...

Ah ça me fait plaisir. Merci.