21 janvier 2016

Politique: Il faut sortir des sentiers battus



Mathieu Bock-Côté:
On dit souvent que la société québécoise a peur des débats. Qu’elle les redoute. Qu’ici, tout doit aboutir dans un grand éclat de rire. C’est la peur maladive de la chicane.
D’ailleurs, quand on veut malgré tout organiser un débat, on le transforme en caricature, avec un côté absolument pour, et un autre absolument contre. Il faudrait crier comme à la taverne et gueuler comme un putois.

Je dirais plutôt que c'est le contraire au Québec: les élites politico-médiatiques décident du résultat et les débats de têtes-parlantes à la télé sont biaisés pour en arriver à là.  Le meilleur exemple de ça, selon moi, c'est quand MaTV a organisé un débat sur l'avortement sans des pro-vie. On n'a aucunement parlé du sort du foetus.

Gros débat.

Sur les chaînes d'information, on n'ose pas.  Un panel politique contient des représentant du centre-gauche et le centre-droit. On peut facilement prédire ce qu'ils vont dire et ils sortent tous leurs talking points. On a peur que ça dérape. On tolère mal que les gens sortent des sentiers battus. C'est épeurant et dérangeant d'entendre des propos qu'on dénonce comme étant phobiques. Il ne faut surtout pas explorer les raisons derrières ces opinions, c'est dangereux, Les gens dans l'auditoire sont susceptibles de les adopter et il ne faut pas que ça arrive. Ça remettrait en question le monolithe politique québécois et leur quasi-monopole sur le discours public (surtout le discours public considéré "respectable").

Si on veut élargir notre discours public, il faut être prêts à écouter des gens avec qui on n'est pas d'accord et être prêt à discuter avec un esprit critique, en toute honnêteté, avec une certaine humilité, et ne pas débattre toujours avec la course électorale en tête. C'est plate comment l'obsession sur les élections peut fausser le débat public, parce qu'on parle de manière à avantager "notre gang" (notre parti ou option nationale) ou on se censure pour ne pas les désavantager. Il faut dire ce qui doit être dit, pour le plus grand bien au long terme.

Et c'est parce qu'on pense toujours aux élections, qu'on se limite à la pensée dominante. Je ne dis pas que TOUT le monde doit arrêter de faire la politique électorale. Mais ça prendrait une classe de gens, pas attachés à un parti ou l'élite médiatique, qui font d'originalité dans le discours public pour pouvoir remettre en question les clichés qui nous empêchent de progresser.

Et ça prendrait un public prêt à les accueillir.

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