2 avril 2012

Suggestion pour encourager l'emploi du français en public...de la part d'une anglophone

Ça ne me dérange pas de parler français. Même, ça ne me dérange pas d'écrire en français (combien d'anglophones peuvent dire ça!)

Mais mon désir de parler français se tempérie face à certaines situations.

1) Quand j'ai de la misère à mettre les mots ensembles et je fais des fautes. Je sais qu'on dit que tout le monde fait des fautes. Soit. Mais il y a des fautes de francophones et des fautes d'anglophones. Je fais les deux, et parfois je fais des fautes de francophones par exprès parce que je sais que si je parle trop bien, mon audience va trouver ça drôle. Les fautes d'anglophones me gênent comme tu peux savoir. Parce que souvent je le sais que c'est une faute, mais ça sort de ma bouche avant que j'ai eu la chance d'y penser, et je sais que ça donne une mauvaise impression. Quand tu ne sais pas comment parler français comme du monde, ça mine à ta crédibilité. Surtout quand il s'agit de sujets politiques, sociaux ou religieux. Les québécois ont la maudite manie de se pencher sur les fautes de français de leurs opposants pour faire ressortir le fait que la personne qui parle n'est pas d'ici et donc, ne fait pas partie de la tribu et donc (implicitement) ne sait pas de quoi elle parle. Je suis pas mal certaine que à peu près tous les anglophones québécois ont eu l'expérience de ne pas être pris au sérieux à cause d'une faute de français. Automatiquement, on l'identifie comme un étranger-- quelqu'un qui essaie de défaire le consensus québécois par un mode de pensée étranger trahi par ce français approximatif (comme on dit tout gentiment!) Ça m'arrive assez souvent sur mon blogue. La bonne nouvelle c'est qu'en pratiquant mon français je me suis améliorée au point que ce n'est pas très pénible de me lire.

Alors, bien de partisans de la langue française essaient de rendre service en corrigeant les anglophones qui font des fautes.

J'ai toujours trouvé ça vraiment agaçant et même arrogant. Souvent j'ai réagi en me demandant: y veut-tu rire de moé? C'était encore pire quand c'était devant plusieurs personnes!

Moi on m'appris que corriger la langue d'un autre, même si c'est justifié, c'est très impoli. C'est prendre le rôle du maître devant son élève. C'est paternaliste. Ça met l'autre dans l'embarras.

J'ai compris au fil des ans que les francophones et les anglophones n'ont pas le même sens de la politesse, et que les partisans de la langue voulaient juste essayer d'améliorer la langue parce que ça leur énerve de voir leur langue déformée, surtout avec des anglicismes boiteux.

Cependant, moi je trouve que si ces partisans veulent encourager les anglophones à parler français, ils seraient mieux de passer par dessus les fautes. Je préferais qu'on encourage un meilleur apprentissage en diffusant les fautes de français les plus communes. (Franchement les francophones pourraient en bénéficier aussi). Moi j'aime améliorer ma langue. J'aime ça pouvoir communiquer plus aisément. Je pense que c'est bien le cas de beaucoup d'anglophones. J'attends le compte twitter! :)

2) La deuxième chose qui m'agace quand je parle français c'est être devant quelqu'un qui essaie de déviner mes origines à cause de mon accent.

J'ai un accent assez québécois mais qui est anglicisé, comme on entend en Ontario. Ça m'a arrivé souvent que la personne devant moi essayait de déviner d'où est-ce que je viens. Je suis québécoise, mais pour plusieurs d'entre eux, la présence d'un accent différent signifie que la personne n'est pas de la place. Alors, ils se demandent: d'ou est-ce qu'elle vient? et que c'est qu'elle fait ici?

Plus jeune, je pensais que c'était le racisme qui motivait cette interrogation. Maintenant, d'un âge plus mûr, je comprends: c'est le complexe d'infériorité québécois qui pousse la personne à vouloir trouver les origines. Elle ne peut pas comprendre comment un anglophone peut vouloir s'établir à Québec. Elle pense que leur province  est vide d'intérêt pour des gens de l'extérieur.

Donc, je suggérais qu'au lieu de vouloir tout savoir sur la personne, il faut accepter des accents différents, et devenir à l'aise avec des gens qui n'ont pas tout à fait maîtriser l'accent de la place.

D'après moi, le problème avec l'emploi du français c'est qu'il est tellement politisé. C'est comme si l'anglophone ne peut pas gagner. Il ne parle pas français: c'est un rhodésien. Il parle à peine, c'est un ignorant. Il parle avec des fautes, c'est un étranger.  Et ainsi de suite.

Je pense que les francophones devraient être un peu plus tolérants dans les situations de tous les jours, sans baisser les bras sur la nécessité de promouvoir le bon usage. Le français est une affaire émotionnelle autant pour les anglophones que pour les francophones. C'est le moyen de s'affirmer son appartenance au Québec et de se faire accepter, et quand tu te fais corriger et marginaliser à cause de tes efforts, c'est sûr que ça t'encourage pas d'essayer. Moi-même j'évitais de parler français à l'adolescence, pas parce que je détestais ça mais parce que parfois on riait de mes fautes (comprenez bien que dans une école anglophone en région, la majorité des étudiants sont des francophones.) Je le parlais avec ma chum de fille qui était très tolérante, et de toute façon je changeais de langue quand ça me convenait. Mais hors l'école, ça me gênait.

D'après moi, ce qu'on devrait faire pour assurer que chaque jeune anglophone a la chance de bien apprendre la langue c'est de se débarrasser de tous les cours de français langues secondes et de rendre les cours de français standards obligatoires dans les écoles anglaises.  Comme ça, les anglophones seraient contraints de pratiquer dans un endroit où les fautes pourraient être corrigés systématiquement. Mais j'ai peu d'espoir que ça va arriver bientôt.

2 commentaires:

Volontariste a dit...

@Suzanne

Quand un anglophone fait une faute en français, ce n'est pas vraiment grave. Ça ne donne pas mauvaise impression, et ça ne mine la crédibilité de personne. Du moins, pas au Canada. De toute façon, vous écrivez mieux que bien des francophones. Bonne continuation!

Suzanne F. a dit...

Ah non, ça donne un TRÈS mauvaise impression. Les anglophones savent de quoi je parle!