20 février 2012

Entamer le débat sur l'avortement

Depuis plusieurs mois au Canada, on parle du "débat sur l'avortement". Les activistes pôvre-choix disent qu'il est clos. Les activistes pro-vie reclament sa réouverture.

Compte tenu de la prétendue unanimité sur le sujet, un pro-vie français affirme
:

La vérité, sur le débat de l’avortement, c’est qu’il n’existe aucun débat.

La dynamique de ce discours m'énerve.

Parce qu'on n'a pas besoin de personne pour avoir quelque débat que ce soit.

On n'a pas besoin d'aller chercher les activistes pôvre-choix pour débattre.

On n'a pas besoin de faire parler les talking heads.

Il s'agit juste d'en parler pour que les gens en remarquent. Que ça soit à la Chambre des Communes ou les forums de discussion.

Non, mais personne n'a jamais observé qu'il n'y a rien comme une déclaration sur l'avortement pour lancer un argument là-dessus?

J'ai l'impression que quand on insiste sur la réouverture sur le débat sur l'avortement, on essaie d'obténir l'approbration de ceux qui veut que ce sujet demeure clos.

On n'a pas besoin de demander leur permission, surtout lorsqu'il s'agit de nos politiciens. C'est nous qui disent aux politiciens ce qui est important, pas le contraire! (On a vraiment perdu le sens de la démocratie!)

On n'a pas besoin d'aller chercher les pôvre-choix pour avoir le débat, et agir comme si c'était le cas nous met dans une position de faiblesse. Ça leur donne la chance de nous dire "non" encore une fois, et nous faire paraître comme des losers.

Au lieu d'aller chercher des gens pour faire ce débat, on a juste à en discuter, à commenter l'actualité selon notre perspective pro-vie, et éventuellement c'est eux qui vont nous confronter.

Le moment qu'on développe un lectorat et une auditoire pour nos idées, les féministes vont en prendre note. Des gens m'ont dit qu'ils ont été influencés par mes arguments et mes faits sur l'avortement. À plusieurs reprises.

Si on en parle, des gens vont en prendre note. Ils vont réagir. La réaction va s'étendre jusqu'aux yeux et aux oreilles pôvre-choix. C'est certain.

Et comme c'est nous qui lançons le débat, et c'est nous qui présentons les arguments, ça sera à eux de réagir.

Pourquoi supplir les gens pour avoir le débat sur l'avortement? Le débat est là pour ceux qui veulent le faire, il s'agit juste de le faire.

Le véritable défi des pro-vie, c'est de rendre le débat engageant, intéressant, passionnant et ennoblant.

Une des raisons pour laquelle le débat sur l'avortement a perdu de la vapeur c'est qu'il est devenu énervant, agaçant, hostile, amer-- ajouter tous les adjectifs négatifs que vous voulez. Il paraissait clos parce que la population ne voulait plus rien entendre.

Alors, il faut continuer d'engager le lectorat et l'auditoire avec ce qui est nouveau, contemporain, et d'actualité. Des tracts sur des principes abstraits ne font plus l'affaire. Il faut mener le débat dans le concret.

Par exemple, parler et écrire sur le foetus lui-même et ce qu'il subit pendant un avortement. C'est drôle mais malgré les échographies routinières des femmes enceintes, le foetus est mal connu. Il est mal connu par les jeunes qui n'ont jamais connu la grossesse; il est mal connu par les hommes. Il est mal connu par des gens d'un certain âge qui n'ont jamais vu une échographie.

Un autre exemple: la culture de l'avortement lui-même. On n'en parle très peu au Canada. Aux États-Unis, on a l'impression d'avoir un coup d'oeil sur la clinique moyenne. On ne connaît pas nos avorteurs au Canada. On ne connaît pas la culture des cliniques. Et les hôpitaux? Environ la moitié des avortements ont lieu dans des hôpitaux. Comment ça se passe? Est-ce que le fonctionnement est aussi anonyme que dans les cliniques? Est-ce qu'il y a une ségrégation entre le personnel qui font les avortements et les autres professionnels de la santé? Si on va avoir un débat, il faut connaître son sujet et faire des recherches pour lubrifier la conversation.

C'est en amenant ce qui est nouveau et percutant qu'on alimente la discussion. Pas en répétant les mêmes arguments des années quatre-vingt, aussi valides soient-ils. Il ne faut pas juste débattre et réagir, mais aussi informer et amener des nouvelles narrations. Par exemple, le fil sur les femmes qui regrettent leurs avortements; les avorteurs qui abandonnent leur profession; les foetus qui surviennent à la naissance de plus en plus jeune.

Pour moi, c'est ça qui est le véritable défi du débat sur l'avortement. Pas de l'entamer mais de le BIEN entamer et de le soutenir avec ce qui va attirer l'attention des spectateurs.


3 commentaires:

Le Gentil Astineux a dit...

J'ai deux arguments que mêmes les pro-vie n'utilisent pas mais devraient : l'ADN du foetus qui appartient 50% à la mère et 50% au père et les césariennes qu'elles soient d'urgence ou programmées.
La pratique des césariennes programmées et bien la preuve qu'un foetus est bien une personne qui doit avoir tout les droits.

Suzanne F. a dit...

Je ne pense pas que ce sont des bons arguments. L'humanité du foetus est démontré par ses caractéristiques propres.

Le Gentil Astineux a dit...

Suzanne,
Les pro culture de la mort n'ont jamais osé me contredire sur l'argument des césariennes programmées et sur les césariennes de complaisances.

C'est simplement une preuve de plus qu'un enfant né de cet façon là était bien une personne.

C'est la dernière fois que je tente de faire paraître un commentaire sur votre blogue à moins que vous changiez le mode de modération des commentaires. Les lettres sont illisibles et on est obligé de se reprendre 3 ou 4 fois avant de pourvoir le voir publier.