13 octobre 2011

Le désarroi idéologique de la droite

Cet extrait d'une chronique de Chantal Delsol concernant la droite française peut s'appliquer à la droite canadienne et québécoise:

La droite française ne parvient pas à se saisir véritablement des questions cruciales. Et bien souvent elle se laisse déborder par l’extrême droite, juste parce qu’elle n’a pas osé exprimer ses convictions. Exemple : est-ce normal que la droite au gouvernement n’ait pas parlé plus tôt du scandale des prières dans la rue ?

Non pas que la droite soit molle, évanescente ou sans opinion. Mais elle préfère trop souvent plaire à ses adversaires qu’à ses électeurs. Elle a peur de la gauche, voilà l’histoire. La gauche n’a pas perdu son autorité moralisatrice (c’est là l’un des mystères politiques français, la gauche n’ayant vraiment rien d’un parangon de morale). Alors la droite avance par coups d’audace, comme un timide qui se jette : elle prend une fois son courage à deux mains et fait un discours de bon sens sur l’immigration ; aussitôt elle reçoit une rafale : “Crétins ! Salauds !” – car le bon sens est automatiquement interprété comme du racisme ; alors elle s’enfuit vite dans son trou, où elle va refaire des forces pour recommencer.

Il faut rappeler que la droite vient juste de faire son “coming out”. Il y a encore dix ou quinze ans, il était impossible de se dire “de droite” en France. Et qui ne se nomme pas a peur d’exister. Et qui a peur d’exister n’analyse pas ses propres pensées ni ne les déploie. Pendant longtemps, être de droite c’était vivre sans se dire tel. Cela n’a pas arrangé la vision politique de la droite française. On lui a dit qu’elle ne pensait pas (“la droite la plus bête du monde”), et elle a tout fait pour ressembler à sa réputation. Elle a donc les réflexes qui correspondent à une vision du monde, mais souterraine, car elle ne conceptualise guère. Il lui manque une cohérence, une pensée organisée. On ne fera pas croire à la droite, par exemple, qu’on pourrait éduquer un enfant sans autorité ni contrainte, lâcher des criminels trop tôt dans la nature sans encourir les récidives, partager sans avoir préalablement acquis, aimer son lointain sans aimer son prochain, former un couple avec une paire, une société avec des asociaux, une patrie avec des apatrides. Mais tout cela reste instinctif et n’affiche pas ses arguments, lesquels pourtant existent bel et bien.

Il faut que la droite francophone développe une colonne vertébrale. Il faut qu'elle n'ait pas peur d'explorer pour voir où la nature des faits et la logique l'amène.

Mais j'ai l'impression que bien des droitistes ont encore trop peur de se faire traiter de misogyne anti-avortement ou de racistes anti-immigrationniste.

C'est l'instinct québécois: toujours avoir peur de se penser le seul dans son opinion, ne pas faire parti d'un consensus.

Il faut surmonter ce réflexe pour faire avancer les choses. Il faut dire des choses que les autres ont peur de penser.

H/T: Le Salon Beige

Aucun commentaire: