5 février 2011

L'ignorance des journalistes concernant la religion

C'est un de mes nombres pet-peeves: des journalistes qui parlent de religion qui sont évidemment pas très instruits dans cette matière. Aujourd'hui dans Cyberpresse il y avait plusieurs articles concernant la religion au Québec, surtout à Montréal.

La manchette disait: Religion: Montréal plus fervent que Toronto


Quel est le fondement de cette conclusion:

Avec ses 1032 organismes religieux de bienfaisance, la métropole québécoise n'est dépassée que par Winnipeg parmi les grandes villes canadiennes. Comme le montrent nos tableaux, pour chaque tranche de 100 000 habitants, Montréal compte même 37 organismes religieux de plus que le très multiculturel Toronto.

Le nombre d'organismes ou de lieux de cultes n'a strictement rien à voir avec la ferveur des gens. Premièrement, on ne sait même pas si les gens qui appartiennent à ces groupes sont fervents. Deuxièmement, ces organismes ont parfois tendance à regrouper la même gang de gens, qui oeuvrent à plusieurs organismes.

Chose certaine, ceux qui croient que la métropole est peuplée d'athées se trompent: à peine 10% des Montréalais -essentiellement regroupés dans les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Ville-Marie- se sont déclarés sans religion lors du recensement de 2001, alors que 25% des Canadiens l'ont fait.

"Sans religion" ne signifie pas "athée" pour autant. Il y a des gens "sans religion" qui ont des croyances religieuses. Il y a des catholiques baptisés qui sont à toute fin pratique des athées même s'ils ne s'identifient pas comme tels.

La fréquentation des lieux de cultes peuvent être un signe de ferveur, mais encore plus révélateur c'est la manifestation du religieux dans la vie quotidienne. Est-ce que les gens prient? Est-ce qu'ils s'affichent? Portent-ils des signes religieux? Votent-ils selon leurs convictions religieuses?

Pour moi, ces signes sont beaucoup plus importants que l'existence de lieux de cultes.

D'après moi, Toronto est beaucoup plus fervent que Montréal dans ce sens-là. À Montréal, c'est quasiment péché de se dire croyant-- de n'importe quelle religion. À Toronto c'est plus commun.

Et il y a une erreur dans la série qui m'a vraiment dérangé. L'article s'intitule: Religion à la carte:

Dans la métropole, certains francophones préfèrent l'exotisme des églises ethniques. Sur le Plateau-Mont-Royal, l'Église évangélique latino-américaine Restauracion offre donc la traduction simultanée. Et le pasteur pense ajouter bientôt une messe en français

Les Églises protestantes n'ont pas de "messe".

Une messe, c'est une cérémonie catholique qui s'agit du sacrifice rituel du Christ par la consécration du pain et du vin. ("Prions ensemble au moment d'offrir le sacrifice de toute l'Église" "Pour la gloire de Dieu et le salut du monde." En rappelez-vous?)

Sans entrer dans toute la théologie, je veux simplement dire que des protestants n'ont pas de cette notion de "sacrifice de Jésus" dans leurs cérémonies. C'est pour ça qu'il n'y a pas de véritable messe. Le but d'une assemblée c'est d'entendre la parole de Dieu et de consommer la communion (s'il y a lieu). Dans la tradition catholique, le sacrifice du Christ pendant la messe est le principal but. Le prêtre, dans la personne du Christ, offre le Christ. C'est un paradoxe, mais Jésus, sur la croix, était le prêtre son propre sacrifice de lui-même sur la croix. Et le résultat de ce sacrifice, c'est le Christ, qui se présente sous les apparences du pain et du vin.

Y t'ont pas appris ça à l'école catholique, eh? Non, pas surprenant.

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