22 février 2011

Expliquer la présumée contradiction entre le désir de la laïcité et le désir de préserver des symbols religieux

Récemment, Richard Martineau a écrit un billet dénonçant les péquistes pour avoir voulu préserver le crucifix dans l'Assemblée Nationale.

(Je suis grippée aujourd'hui et je n'ai pas le goût de le retrouver, mais ce n'est pas important.)

Il dit que pour être cohérent  dans ses principes laïcistes, le Québec écarter tout symbol  religieux dans les endroits associés au gouvernement. Mais la plupart des québécois, qui sont pour la séparation de l'Église et de l'État, ne veulent pas voir tous les symbols effacés.

Pour comprendre la situation présente, il faut revenir en arrière et examiner l'origine de l'idée de la laïcité.

Originellement, le but de la séparation de l'Église de l'État, c'était de s'assure que L'ÉTAT ne s'ingérait pas dans les affaires de l'Église.

Depuis 1963, l'année que la Cour Suprême des États-Unis a déclaré que la prière a été bannie des écoles publiques, l'interprétation qu'on fait de cette phrase (une interprétation inventée de toute pièce, sans précédance) c'est que le religieux ne doit pas envahir l'espace gouvernementale.

Depuis, la phrase a encore évolué pour signifier que les croyants n'ont pas le droit de se baser sur leurs valeurs religieuses pour agir en politique, aussi défendable qu'elles soient au plan de la raison. Cependant, les gauchistes ne sont pas troublés pas l'intervention de la gauche religieuse dans le sphère politique (comme l'Abbé Raymond Gravel, par exemple) mais ils condamnent l'intervention de la droite religieuse dans les affaires politiques.

Le but de cette nouvelle réinterprétation, c'est de barrer la participation de la droite religieuse dans les affaires publiques, dans le but d'éviter des remises en question et d'éventuels changements de politique dans certains domaines comme l'avortement.

Bien que la plupart des gens sont heureux de voir la participation de la droite religieuse minée dans les affaires publiques, ça ne veut pas dire qu'ils sont prêts à se débarrasser de toute influence religieuse pour autant.

Les militants laïcistes anti-religieux traitent la religion comme quelque chose de néfaste et irrationnelle, qui n'a donc pas ça place dans l'espace publique. Mais le québécois moyen ne voit pas le religieux du même point de vue. Il veut écarter la droite religieuse de la participation politique, mais il veut garder les symbols religieux qui lui sont importants, auxquels il attribue une signification séculière.

Par exemple: le crucifix. Pour le catholique, le crucifix ça représente la sacrifice qui a permis le salut de l'humanité. Le québécois a perdu cette référence religieuse. Pour lui, le crucifix, c'est le passé. C'est les valeurs qui ont bâti le Québec. Comme ça, le crucifix acquiert une signification culturelle plutôt que religieuse, et le québécois moyen ne veut pas se dépaysé du point de vue historique et culturel en effaçant cet aspect de la culture québécoise.

C'est comme les noms de rues et les noms de villages religieux. C'est inévitable qu'un jour, ces noms seront contestés. Personne, à part des croyants, se fout de l'identité de Ste. Scholastique, St. Eustache, St. Janvier et j'en passe. Mais les noms sont un lien au passé, à la mentalité des ancêtres. Et bien que les québécois en général  n'ont aucun intérêt à voir la renaissance de la foi, ils aiment être en contact symbolique avec les ancêtres. Ce nationalisme leur donne un sens à leur monde. Ça leur donne une identité à quelque part.

Donc, dans la mesure que le religieux correspond aux attentes du québécois moyen, les gens sont très contents de marginaliser les véritables gens de foi, mais de garder les symboles qui leur sont important.

En fait, ce n'est pas nécessairement contradictoire, si on comprend le sens des interventions des gens.

4 commentaires:

Sébas a dit...

Droite ou gauche religieuse?

Vous reprenez les termes de certains militants dans les médias(ou ailleurs).

Est-ce que la vérité/la réalité est de droite ou de gauche?

N'est-ce pas vrai qu'il y a un peu de vrai autant à droite qu'à gauche( tout dépendant du sujet)?

N'est-ce pas vrai que ceux qui utilisent le plus l'expression "droite religieuse" sont ceux qui veulent tout contester dans l'Église... comme si la foi ou la réalité pouvaient se décider par votre majoritaire?

p.s.
Soignez bien votre grippe...

Truc de "grand-mère":
gin + miel + citron + beaucoup de vêtements chauds sous les couvertures et après UNE nuit de sueurs... vous allez retrouver votre santé...
;-)

Sébas a dit...

Toujours malade?

Voici un commentaire que j'ai écrit sur d'autres blogues:

C’est drôle que pour certains individus, «la chasse aux intégristes musulmans» est devenu un prétexte pour renier nos traditions (ou nos bases civilisationnelles).

C’est drôle que seulement environ 1% parmi ce 2-3% d’immigrants (*donc pas grand chose), font si peur ou sert à remettre en question presque TOUTES nos valeurs.

C’est drôle que les individus les plus médiatisés qui dénoncent le plus les intégristes musulmans(ou autres intégristes), sont souvent les mêmes qui ne remettent JAMAIS en question nos politiques d’immigrations…

*

Environ 95% et plus des québécois (de toutes provenances), s’identifient au christianisme… ou du moins, aux valeurs issues du christianisme. Et encore aujourd’hui, la majorité des immigrants s’identifient à ces valeurs ou viennent ici pour fuir des régimes intégristes/totalitaires… et pour REFAIRE leur vie dans un pays qui est DIFFÉRENT du leur…

Me semble que ce serait si simple d’établir cela (i.e. valeurs issues du christianisme… la base de nos démocraties), comme une des bases de notre «culture» (sans tomber dans le cléricalisme)… et d’arrêter de se fier à « la charte des droits des avocats et des minorités » (la nouvelle bible?), pour imposer à tous un «nivellement par le bas culturel» de notre civilisation et ce, pour s’adapter à quelques susceptibilités ou pour éviter les dérives religieuses(de toutes provenances). Pourquoi cette position ne serait-elle pas NOTRE «neutralité» à «nous»? Il faut aussi reconnaitre que le modèle français est un échec, tout comme le modèle « multicul » anglais, allemand ou canadien.

Finalement, les lois sont et doivent être le reflet d’une société… pas le reflet d’activistes juridiques ou d’une idéologie socio-constructiviste ou de lobbys représentants quelques individus/autres groupes utlra-minoritaires.

Le Gentil Astineux a dit...

@Suzanne, Puisque je suis assez "St-Thomas" j'aimerais avoir une preuve formelle fournit par l'Église catholique oar exemple, de ce que vous avancez ici :"Originellement, le but de la séparation de l'Église de l'État, c'était de s'assure que L'ÉTAT ne s'ingérait pas dans les affaires de l'Église."

Fraddé a dit...

«j'aimerais avoir une preuve formelle fournit par l'Église catholique »

Comme preuve, rappelez-vous de la montée et la prise du pouvoir des fascistes en Italie, dans les années 30. Qu’a fait le Duce avec le Vatican et l’Église dans son ensemble ? Dans quelles positions délicates cela a-t-il placé l’Église ? Sincèrement, ces moments ont dû être invivables pour l’autorité catholique.

Vous avez une bonne preuve où la sphère politique a agi sur la sphère religieuse. Chose à ne plus répéter …

Fraddé
P.S : «Reconnais le moment favorable» – Pittacos de Mytilène