12 janvier 2011

L'Église catholique et les médias #catholique

Radio Ville-Marie a publié un article sur son site web concernant un prêtre suisse qui veut que l'Église catholique soit plus présent dans les média.

C'est sûr que c'est souhaitable, et l'Abbé Werlen donne des conseils à cette fin.

Mais franchement, je ne commencerais même pas là.

Je commencerais par développer une présence sur le web.

Quand je dis "présence" en fait, je veux dire "une communauté", un "cathosphère francophone".

Il existe des site webs et quelques blogues des diocèses.

Mais le problème avec la communication de l'Église et de ses représentants, c'est que c'est trop formel.

Prenons un exemple, l'Archévêque Terrence Prendergast. C'est mon évêque. Je l'aime. C'est un vrai de vrai évêque catholique.

Il publie sur son blogue quotidiennement, mais la plupart de son billets contiennent des photos de ses événements, des biographies de saints et des prières. Certains contiennent des informations très intéressantes et pertinentes.

Ce n'est pas mauvais, MAIS-- son blogue manque de lui.

Les bios de saints et les prières, on peut trouver ça n'importe oũ sur le web.

Les photos sont pas pire. Ça montre que c'est un gars de terrain, et c'est intéressant de voir des gens que tu connais.

Mais, ce qu'il manque c'est sa pensée, sa personalité.

Parce que les gens cherchent de quoi à alimenter leur vie spirituelle, leur regard sur le monde.

Lorsqu'on est catholique orthodoxe, on a souvent l'Impression de ne pas avoir de leaders dans l'Église. On soutient l'hiérarchie. On croit à l'obéissance. On va à la messe à chaque dimanche et on écoute le prêtre (ou le tolère, selon les cas). Mais pour beaucoup d'entre nous, notre vie spirituelle et religieuse se passe entièrement hors le cadre institutionnelle et cléricale de l'Église. On est laissé à nous-mêmes ou on décroche de tout l'appareil officiel. C'est ironique, mais des fois, c'est comme être protestant, parce qu'on s'arrange tout seuls sans les prêtres et les catholiques professionnels.

On décroche parce que les prêtres de nos jours ne sont pas nos leaders. Ils ont un autre agenda que celui du pape et du Magistère. Ils parlent des choses qui passent complètement à côté des enseignements de l'Église, si elles ne sont pas complètement contraires.

Le prêtre (et surtout l'évêque) est supposé avoir une accumulation importante de connaissances sur la doctrine, la théologie et la spiritualité pour pouvoir apprendre aux gens comment développer sa vie intérieure et améliorer son comportement. Mais le prêtre n'est pas une encyclopédie ou un dispenseur de sacraments. Il est une personne. Et les fidèles ont faim de cette personne, ce persona christi qui va offrir de sa personne, de ses pensées, de sa perspective pour aider les gens à comprendre la foi et le monde aujourd'hui.

Certains prêtres ont essayé de le faire. Mais dans mon expérience à moi, leurs réfléxions manquent souvent de profondeur et ne réussient pas à attirer le monde pour quelques raisons importantes:

1) Sans être nécessairement dissident, certains prêtres sont modernistes par omission. C'est-à-dire, ils ne veulent pas toucher aux sujets durs, ou prêcher des doctrines trop controversés, trop songées, trop...catholiques. Donc, on va parler de la résurrection sans parler de la souffrance de la croix. On va parler du Pain et du Vin, sans parler de transubstantiation (ou du moins le présuppser). Bon, vous avez l'idée. C'est comme un dissidence par omission. On a l'impression que le prêtre ne veut pas approcher de ces sujets parce que lui-même il a des idées dissidentes et il ne veut pas heurter la sensibilité orthodoxe. Ça donne des réfléxions un peu fade. Même très.

2) On n'adresse pas les questions chaudes du jour. Je ne parle pas nécessairement d'avortement et homosexualité. Mais des questions purement religieuses, comme la place de la foi dans l'espace publique, les objections à la foi, la montée de l'Islamisme, etc. C'est comme ces prêtres hors de l'actualité des gens.

3) Le ton est formel, même personnel. On se sent subi à un homélie. L'homélie c'est correct pour transmettre une idée le dimanche. Mais c'est formel. C'est le fun d'avoir un aperçu de la personne dont on parle. C'est pour ça que je ne lis peu les discours du Pape du Vatican. Ce sont des discours. Pas des pensées spontanées, des réactions pour une auditoire (ou lectorat) ciblé. Le Pape Jean Paul II était très populaire à cause de son charisme, sa capacité de réagir spontanément aux gens. Le Pape Benoît XVI a plus de misère. La caméra ne l'aime pas pis c'est pas dans son caractère est un peu plus timide. Mais comparons les deux hommes par leurs écrits. Je trouve que le Pape Jean Paul II est infiniment plus formel que Benoît XVI dans ses écrits. Quand on lit une encyclique de Jean Paul, on pense lire une thèse. Ses idées sont très interéssantes, mais sa manière de les communiquer sont un peu académique par ce qu'il cherche toujours la nuance sémantique (c'est normal, il avait un doc en philologie). Mais je n'ai pas cette impression avec Benoît XVI. Certes, il est très érudit. Je viens de finir son livre Jésus de Nazareth (que je recommande fortement) et j'étais très impressionnée par le niveau d'informations, je ne m'attendais pas à ça. Mais, la force de Benoît, c'est son instinct d'adresser les sujets du jour dans un ton amiable en employant une diction qui est à la portée de gens ordinaires (du moins les gens ordinaires éduqués dans la foi). Il parle des vraies affaires dans un ton vrai et il sait quoi dire et comment le dire pour se faire comprendre. (Son malheur, c'est que les média interprètent mal ses mots, mais bon...) Quand on lit les écrits de Benoît XVI, on sait que c'est lui qui parle. Je n'ai pas cette même impression de Jean Paul II. Son charisme ne se transmet pas sur papier. On connaît sa pensée et non pas sa personne.

4) La pensée est déracinée de la tradition de l'Église.C'est quand la dernière fois vous avez vu un prêtre citer St. Augustin ou St. Thomas d'Aquin? La profondeur de la foi catholique vient, en partie, du fait que c'est une vieille tradition et que les écrivains d'antan ont déjà fait leur bout de chemin: pas besoin de réinventer la roue. Mais ça serait bon de pousser leur réflexion. Alors, on peut commencer un discours sur le péché-- pour choisir un exemple parmi tant d'autres-- et parler d'Augustin, ou de Thomas d'Aquin, ou de Bellarmine, ou d'Alphonse Ligouri etc etc etc. et ensuite construire sur cette pensée.

Quand les prêtres ou les catholiques professionels vont savoir comment bloguer ou communiquer de façon orthodoxe en créant un sentiment d'appartenance avec leur lectorat en écrivant selon leur véritable pensée et personalité, ça va créer une communauté, un cathosphère. Et comme ça les média n'auront pas à chercher loin pour des personnalités pour venir expliquer à leurs auditoires pratiquement non-catholiques les enseignements de la foi. La source sera là.

Mais, comme ils auront déjà une communauté, leur présence dans les média traditionnels seront moins urgent puisque les gens sauront où aller chercehr la vraie histoire sur l'église.

Il faut marier l'orthodoxie ET une présence personnelle-- pas une présence fake ou formel. On veut non seulement savoir les doctrines, on veut connaître les prêtres et leurs personnalités. On veut une relation de fidèle à prêtre, et non pas fidèle à encyclique, fidèle à homélie ou fidèle à droit canonique, comme j'ai souvent l'impression d'avoir dans cette église.

Ça veut dire que parfois le prêtre va dire des choses quelque peu déplaisantes, pas gentils ou controversés. Pas dans le but d'être méchant bien sûr. Mais la culture du gnan-gnan qui règne dans l'Église, ça ne fait pas progresser la foi, nécessairement. Toujours vouloir être gentil signifie omettre de mentionner certaines idées. Le démon gagne dans ce cas-là.

Mais c'est comme ça qu'on est "vrai"-- pas en se censurant constamment. Pas en cherchant la politesse à tout prix.

C'est comme ça qu'on va créer une masse critique de voix qui vont pouvoir influencer les médias. Être sur le web, ce n'est plus suffisant. Il faut engager les gens par offrir se pensée et sa personnalité de façon consistante.

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