8 septembre 2010

La volonté individuelle: la base de la liberté?

La commission québécoise sur l'euthanasie bat son plein. On entend beaucoup parler de "le droit de choisir" la mort.

Comme si le fait même de le vouloir pour soi-même rendait ce choix acceptable.

Le discours de la volonté individuelle absolue m'énerve. Parce que ce discours ne prend aucunement en compte l'effet de cette volonté multipliée par des milliers ou des millions de gens. Quand le choix en question est quelque chose d'anondin comme la couleur de son auto, ou la marque de céréal, on peut vivre en sachant que la société ne sera aucunement affectée.

Mais quand le choix en question s'agit de la mort, ses défenseurs agissent comme si ce choix était un choix tout à fait naturel et sans signification pour le reste de la société. Comme si le fait de permettre des milliers de médecins de tuer n'aurait aucune conséquence sur le système médical ou sur la situations des autres patients.

La volonté individuelle doit être respectée, mais pas par simple refus "d'imposer ses valeurs", pour ne pas "opprimer" les autres avec ces choix personnels.

Mais on n'est pas obligé de respecter la volonté individuelle dans toutes circonstances. On n'est pas obligé de l'encadrer avec de la législation. La liberté ne se réduit pas à une permission de tout faire, dans la mesure que ça nuit pas directement aux autres.

La liberté existe pour protéger l'individu et non pas la volonté individuelle. Même si cette volonté individuelle souhaite l'autodestruction de SA personne, la société n'est aucunement obligé de respecter ce voeu.

C'est drôle comment on idolâtre la volonté individuelle, mais on permet l'extinction de l'individu, comme si un désir était plus important que la personne elle-même. On a tellement peur de poser un geste "opprimant" qu'on renonce au bon sens, afin de ne blesser les sentiments. Si la personne veut mourir, on est qui pour lui contrarier, compte tenu de sa souffrance?

Le problème c'est que sa souffrance n'est pas le seul enjeux.

Dans des débats, les propositions concrètes avec des conséquences immédiates et visibles ont souvent l'avantage. Par exemple, sur la question de l'avortement, le fait de terminer une grossesse non-désirée et redonner de l'espoir à une femme a un avantage sur l'argument basé sur la droit à la vie. Un autre exemple: les bienfaits des programmes sociaux sont évidents pour ceux qui en bénéficient. Qui peut être contre la vertu? C'est un peu la même chose avec l'euthanasie. Qui peut être contre le fait de terminer la souffrance d'un être cher? Comment peut-on justifier de le garder en vie pendant qu'il agonise? N'est-il pas plus miséricordieux de mettre fin à ses jours?

Comme sur la question de l'avortement, comme sur la question des programmes sociaux, les conséquences de l'euthanasie ne réduisent pas aux conséquences directes. On sait que l'avortement s'agit d'un homicide et que les programmes sociaux nécessitent d'énormes pouvoir de taxation qui draînent l'économie. Faire en sorte que la société accepte la mort, c'est-à-dire, l'élimination de la personne comme une solution est problèmatique-- c'est le moins qu'on puisse dire.

Ces objections semblent abstraites et sans fondement. On répond qu'on a juste à faire attention, mettre en place des critères (bureaucratiques) et comme ça on peut garantir que personne sera involontairement euthanasiée.

Mais on sait que ça ne marche pas comme ça dans la vraie vie.

Des "critères d'administration"-- ce sont acceptables dans la mesure que le non-respect de ces critères ne mènent pas à des conséquences extrêmement grave et irréversibles. Donc, de l'argent, c'est toujours possible d'en récupérer.

Mais avec la mort, on ne peut pas faire d'erreur.

Une des raisons qu'on abandonne la peine de mort c'est le fait que son application est souvent erronée.

Qu'est-ce qui dit que les critères d'administration ne seront pas mal appliquées? Qu'est-ce qui dit que la famille ne poussera pas le malade à mourir (explicitement ou par des messages voilés) ou que la personne ne se sentira pas OBLIGÉE de mourir, face à cette situation?

Et transformer le système médical d'un système guérisseur à un système meutrier, ça va sûrement avoir un effet sur la relation patient-médecin. Si le médecin est connu pour son euthanasie, peut-tu être sûr qu'il va faire tout son possible, en sachant que dans 9 cas sur 10, les patients en phase terminale demandent la mort de tout façon? L'être humain est paresseux. Il ne se grouillera pas pour investir des millions de dollars pour découvrir le traitement adéquat s'il sait que le patient VEUX la mort (alors on va respecter sa volonté) tout en sachant que tuer ça économise. On libère un lit pour un autre patient qui aurait des chances de survivre.

Mais non. Il ne faut pas prendre ça en considération. Il faut JUSTE être paresseux intellectuellement et penser UNIQUEMENT aux conséquences immédiates et individuelles.

On ne peut pas baser la liberté sur la volonté individuelle. La volonté individuelle n'a pas toujours raison, surtout en ce qui concerne la vie et la mort.

Je vois venir l'objection: mais FORCER la personne de vivre, c'est le condamner à SOUFFRIR. C'est CRUEL. Toute cette histoire de liberté, pis de valeurs, pis d'autrui, ça aide en rien la personne. C'est du pelletage de mots.

Vous savez, c'est comme ça que les communistes ont promu leur idéologie. Quand les gens ont faim, ils veulent des résultats MAINTENANT, et ils sont prêts à sacrifier des valeurs pour avoir ce qu'ils veulent.

Vous m'allez dire que c'est une fausse analogie, qu'on parle ici d'alléger la souffrance et non pas d'instaurer un système totalitaire.

Mais revenons à mes arguments. Je parle de l'effet d'une IDÉE. Les individus qui désirent l'euthanasie ne sont pas les seuls à vivre avec les conséquences de leurs idées. On ne peut bâtir une société libre et saine si on argumente uniquement sur les conséquences immédiates et concrètes d'une proposition. L'idée en tant que telle aura des conséquences autres que celles envisagées.

J'ajouterais que les arguments basés sur les effets immédiats et concrets d'un geste sont souvent des argument émotionnels, basés sur des expériences néfastes. La logique et les faits ne priment pas; on veut une solution qui semble émotionnellement satisfaisante.

Cependant, en voulant répondre à une souffrance sans penser aux conséquences, on risque de miner la liberté. Comme les communistes l'ont fait en donnant à manger. Quand tu as faim, quand tu souffres, quand il ne semble pas avoir de l'espoir, une notion comme la liberté est abstraite et sans rapport. Mais, malgré cette constatation émotionnelle, il ne demeure pas en moins qu'elle est aussi nécessaire, même SI ON N'EN VOIT PAS LA NÉCESSITÉ.

Alors, qu'est-ce qu'on fait pour la personne mourrante? On la laisse souffrir?

Ce qu'il faut retenir, c'est que la liberté responsabilise. Maintenant qu'on a constaté qu'on doit protéger la PERSONNE (et non pas toujours respecter sa volonté) qu'est-ce qu'on fait pour sa douleur?

La douleur est quelque chose qui a plus de facettes. Soit elle se gère, soit elle se traite. Il faut maintenant aller à la racine de cette souffrance. La genèse sera différente selon les personnes. C'est cette démarche qui est plus difficile que toute autre solution, parce qu'il n'y a pas de traitements toute faites. Pour beaucoup de gens, la douleur est signe de dépression. Pour d'autre, c'est la maladie qui fait ses ravages. De nos jours, il est complètement envisageable d'apaiser toute douleur, ou du moins la gérer psychologiquement.

Mais cette responsabilisation est plus difficile que de tuer. C'est exigeant.

On a tendance de nos jours de renoncer à la voie exigeante, comme si emprunter la voie facile était preuve d'amour. C'est vrai que c'est simple de tuer. Que ça apaise bien des consciences. Mais sommes-nous prêts à vivre avec les conséquences? Non. J'en suis certaine. Mais les gens ne veulent pas toujours faire les connexions.

Plus facile de respecter la volonté individuelle.

2 commentaires:

Sébas_016 a dit...

Même si je suis d'accord avec plusieurs de vos arguments, je trouve que vous oubliez de parler de l'élément le plus destructeur dans tout ça:

L'état est PARTOUT. Nous ne sommes pas libres. TOUT est décidé pour NOUS, car nous avons un 'système' de santé et un 'système' d'éducation, où tout est décidé par "en haut".

Sans un état tout-puissant... qui nous rend de plus en plus irresponsables, eh bien, nous serions dans un monde complètement différent.

Vraiment !

C'est le bien commun forcé, la collectivisation forcée, qui nous rend égoïste, nihiliste, individualiste, etc.

C'est lorsque un état 'tout puissant' n'existe pas (comme avant les années 60), que les individus sont le plus solidaires, généreux, pro-vies, responsables, etc.

Les mêmes causes donnent TOUJOURS les mêmes résultats.

La société romaine avait un état tout puissant comme le nôtre, (vers la fin de l'empire), et les gens étaient EXACTEMENT comme la majorité d'entre nous.

Sébas_016 a dit...

Vous écrivez:

Un autre exemple: les bienfaits des programmes sociaux sont évidents pour ceux qui en bénéficient

Depuis des semaines j'essaye de vous expliquer que la SOURCE de presque tous nos problèmes viennent de ce genre d'idée.

TOUS les programmes sociaux sont mauvais, SANS EXCEPTION. Ce sont TOUS des bonbons empoisonnés.

Ce sont aussi VOS idées (je sais que vous n'êtes pas mal intentionnée, mais l'enfer est pavé de bonnes intentions), qui participent à la destruction de la société à l'irresponsabilité, etc.

***

Si nous sommes de plus en plus nombreux à être individualistes/égoïstes, c'est parce que dans l'histoire de l'humanité, il n'y a JAMAIS eu autant de domaines de nos vies qui ont été collectivisées -de force (sauf sous Staline, Mao, Hitler ou Kim Jong II) ! Mais ici, il n'y a pas de «sang dans les rues», ou de prison pour les dissidents politiques, quoique... mais passons.

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Lorsque TOUS nos droits INDIVIDUELS sacrés sont respectés, l'égoisme/l'individualisme sont quasi absents!

C'est le collectivisme -FORCÉ- qui amène l'individualisme et la multiplication des désirs d'évasions (face à la réalité «collectivisée»).

Lorsque les individus sont FORCÉS de partager, sont sur-taxés, sur-reglementés, ils deviennent égoïstes, individualistes, lâches et essayent de s'évader dans des rêves et ce, par tous les moyens possibles...

Lorsqu'ils sont 100% libres (et 100% responsabilisés), la solidarité -LIBRE- et la générosité -LIBRE- sont omniprésentes.

Si plusieurs chrétiens (surtout dans les pays chochiaux-démocrates), sont attirés par l'illusion de l'état-providence, c'est parce que le discours est quasi identitique au discours de Jésus: bien commun par ci, solidarité par là, mais il y a une NUANCE importante: l'un est imposé, l'autre est choisi LIBREMENT.

***

Dans le monde dit «libre», analysons les sociétés les plus collectivisées -de FORCE (et j'insiste sur le mot «force» !);

Suède, Finlande, Québec, etc :

C'est là où l'on retrouve le plus de familles en décomposition, où les gens vivent le plus de solitude, etc, AU MONDE !

Et à l'autre extrême(surtout en dehors de l'occident collectivisé et en-dehors des pays ouvertement communistes), dans les sociétés où il n'y a pas d'état-providence, pas de collectivisme FORCÉ, les gens sont très solidaires, les familles unies et fortes, etc.

Un autre exemple «extrême» (en occident):

Les Amishs ne forcent personne à être solidaire, à partager, à vivre dans des familles unies, etc. Ils ne payent PAS d'impôts et de taxes, ils n'ont AUCUN service de l'état, AUCUN PROGRAMMES SOCIAUX (comme les premiers chrétiens), et pourtant tous vivent bien, tant au niveau moral que matériel (donc non endettés)... comme presque TOUS nos ancêtres, AVANT l'avènement de l'état-providence ou de l'état-collectivisé.

L'état-providence est le PLUS GRAND DESTRUCTEUR DE CIVILISATION: c'est «lui» qui pousse les gens vers la solitude et dans les bras de la «société de consommation et d'évasion».

Et pour finir en beauté: ce système ne peut pas durer, car il est basé sur l'extorsion légale -mais immorale- de nos revenus; sur la sur-réglementation; sur des lois qui violent presque tous nos droits sacrés et sur le sur-endettement généralisé de tout ce qui existe dans cette société...