13 janvier 2009

La polygamie et le relativisme social

Selon le Suburbain Lucide

Un jour, Monseigneur Jean-Claude Turcotte, évêque de Montréal, a dit que le mariage gai ouvrait « des portes à des choses » (2). Les éditorialistes de toutes allégeances se sont alors lancés dans une séance de défoulage sans bornes contre l’Église catholique et la droite sociale, et comme M. Marissal, ont jugé les propos du cardinal ridicule : la brèche est sous contrôle, vous pouvez aller vous coucher dans votre tour d’ivoire, Mgr. Turcotte, ont-ils alors semblé dire.

Eh bien, ils avaient tord, parce que si des fondamentalistes mormons sont capables de s’attaquer à nouveau grâce à loi à l’institution du mariage, c’est bien la preuve que la brèche n’a jamais été contrôlée! C’est à croire que l’Église catholique avait vu quelque chose et que personne ne l’a écoutée.


J'ai l'impression que nul écoutait l'Église parce qu'il s'en foutait de la signifiance publique du mariage, et de ses conséquences. Dans notre société, on vit selon nos définitions individualistes (eg: la valeur morale du foetus) et on ne cherche à les imposer. Par égoïsme. On a tellement peur que la société nos impose des définitions et des obligations qu'on rejette, qu'on ne veut pas en imposer nous-mêmes.

Et donc, on adopte un relativisme public, même si en privé on a nos propres bornes auxquelles on y tient. La vérité, les conséquences ce n'est pas ça qui compte; c'est le pouvoir de vivre selon ses propres croyances, même si les croyances des autres sont néfastes. Si ma voisine tue son enfant-à-naître, ça ne me regarde pas; je l'accepte parce que je veux la liberté de faire ce que je veux; donc c'est un "hands-off" mutuel. Si les enfants-à-naître, les enfants, et d'autres catégories de personnes doivent en souffrir, c'est tant pis pour eux! Donc on ne juge rien. On fait semblant que tous les choix sont égaux: enfants à la garderie à temps plein; unions homosexuelles; le suicide-assisté; la prostitution; fais ce que tu veux, pourvu que je peux faire ce que je veux-- c'est ça l'important.

On aurait pu avoir des études infaillibles démontrant que le mariage gai, le public l'aurait tout ignorer (en fait, c'est ce qu'ils ont fait).

Ils veulent le droit de faire ce qu'ils veulent, et ils croient que moralement ils le méritent en laissant les autres faire ce qu'ils veulent. S'ils montrent le moindre jugement, dans leur esprit, ils tombent dans un hypocrisie, et l'hypocrisie est un des quelques péchés mortels que notre société reconnaisse. On peut faire toutes sortes de sôtises sans remords et personne ne va rien dire. Mais avoir l'air hypocrite-- c'est-à-dire, avoir un standard et ne le pas vivre parfaitement-- même sur un point mineur-- bien cette personne est un lâche!

C'est comme ça qu'on préserve nos moeurs relativistes. Personne ne dit rien. La personne qui se lève pour protester est dépeint comme n'étant pas capable de vivre ses propres valeurs (qui est la base de sa protestation) à 100% (comme tout le monde, d'ailleurs), donc ses propos sont irréalistes et hypocrites, donc elle n'a aucune crédibilité.

On n'examine pas la substance de ce qui est dit. Ça ne sert à rien aux gauchistes de toute façon. Ça empêche de préserver le "hands off" mutuel. On est aussi ben de l'ignorer.

La polygamie sera permise, mais pas à cause de la liberté religieuse.

5 commentaires:

Keith a dit...

Je trouve cette étude sur le relativisme social fascinante et tout à fait exacte. C'est vrai que même ceux qui tiennent à des valeurs strictes et justes hésitent à faire valoir leur valeurs en public. C'est exact que c'est par peur d'être ou de sembler hypocrites. On n'est pas assez certain de ses valeurs justes pour demander à la société de les reflèter davantage.

Il faut plus de gens qui ont le courage de réclamer une société plus correcte sur le plan moral, une société qui n'accepte pas toutes les dérives sociales simplement parce qu'il n'y a personne qui soit parfait sur le plan moral. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas parfait qu'on doit tout laisser faire.

Toutefois, je trouve quelques idées sous-entendues ici un peu difficiles à accepter. Je fais partie de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Pour moi, l'usage des mots «fondamentalistes mormons» est problématique dans le contexte de ce blogpost.

Les fondements de la doctrine dite «mormone» comprend la fidélité aux autorités ecclésiastiques établies selon l'exemple donné par notre Seigneur trouvé dans le Nouveau Testament et le Livre de Mormon et par la révélation moderne. Ces autorités, dûment ordonnées, ont enseigné contre la pratique de la polygamie depuis la XIXème siècle.

Aussi, les habitants de la communauté polygamiste Bountiful en Colombie Brittanique et les autres comme eux ne sont pas des fondamentalistes du tout--ce sont de faux mormons.

En dépit du fait qu'ils ne sont pas de vrais mormons, c'est vrai qu'ils insistent à garder ce pratique de polygamie, parce qu'il y avait une époque dans l'histoire de l'église où il a été autorisé par le Seigneur. Cependant, lorsque le Seigneur l'a commandé, cela ne s'agissait pas du tout à forcer qui que ce soit dans des marriages non-voulus. On respectait toujours la volonté de chaque femme qui choisissait de prendre part ou non à ces unions inhabituelles (et plus exigeantes sur le plan interpersonnel). Et il n'y avait à aucun moment des marriages pédophiles.

Je sais qu'il y a des preuves que de telles outrages se passent dans quelques-unes des communautés faux-mormones aux Etats-Unis. Mais je ne suis pas convaincu, ni que c'est la norme là, ni que cela se passe du tout à Bountiful.

Je ne me joindrai jamais avec les polygamistes à Bountiful. Je respecte les autorités de l'église. Mais ce que je veux savoir, c'est quoi exactement qui fait que la polygamie soit vue comme forcément néfaste, rangée avec des horreurs comme la garderie à plein-temps, les unions homosexuelles, le suicide-assisté et la prostitution? Qu'est-ce qui fait que la polygamie est toujours et automatiquement vue de mauvaise oeil? Est-ce là vraiment un dérive moral/social en soi?

SUZANNE a dit...

"Il faut plus de gens qui ont le courage de réclamer une société plus correcte sur le plan moral, une société qui n'accepte pas toutes les dérives sociales simplement parce qu'il n'y a personne qui soit parfait sur le plan moral. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas parfait qu'on doit tout laisser faire."

Excellent commentaire.

Concernant la polygamie, je réfère à St. Thomas d'Aquin. Il dit que la polygamie n'est pas péché en soi-- évidemment, parce que Dieu l'a permis dans l'Ancien Testament.

Mais, le problème avec la polygamie est qu'elle n'est pas le moyen efficace de vivre le mariage. Parce que le mariage n'a pas uniquement comme but la procréation. L'union des époux est aussi visée.

Lorsqu'un homme épouse plusieurs femmes, c'est plusieurs relations qu'il doit soutenir. On sait bien comment c'est difficile d'avoir une relation amoureuse, imagine plusieurs. Donc, par nécessité, la polygamie fait en sorte que l'homme ne se consacre entièrement à ses femmes. Il va avoir des préferées, des femmes qui auront plus d'attention, d'autres moins.

Donc, ça fait en sorte que le mariage est plus difficile, et que les relations sont moins bonnes.

Lorsqu'un homme marie seulement une femme, il peut se dévouer entièrement à cette femme, sans la distraction d'avoir à s'occuper d'autres femmes, et ça facilite l'union des coeurs.

St. Thomas d'Aquin n'a pas tout dit ça explicitement, mais en gros, c'est ça l'idée derrière la prohibition de la polygamie.

Keith a dit...

Très bien. Je suis d'accord avec Thomas d'Aquin. Effectivement, cela doit être plus exigeant et plus difficile pour les époux dans les familles polygamistes.

Pour moi, ce sont les prophètes du Livre de Mormon et les apôtres actuels qui m'enseignent contre la pratique de la polygamy (sauf si le Seigneur le commande encore).

Tous les deux, nous avons des avis contre la polygamie. Nos avis sont basées sur les enseignements de nos religions respectives. Mais les gens de Bountiful, et autres qui vivent ici au Canada ont leurs religions à eux aussi. Leurs religions acceptent ou exigent même la pratique de la polygamy.

J'ai lu ce que tu as écrit contre la polygamy dans ton autre blog. Dans le contexte de ce que tu as écrit ici au sujet du relativisme social, est-ce que tu crois que la polygamie est aussi néfaste que les unions homosexuelles ou bien l'avortement?

Ou est-ce que tu acceptes que même Thomas d'Aquin n'y voyait pas de péché en soi. Si les époux polygamistes trouvent que leur famille leur convient parfaitement, est-ce que l'idéal de Thomas d'Aquin a toujours plus d'importance pour toi que le bonheur réel de la famille polygamiste?

Est-ce que nos religions devraient l'emporter sur les religions des autres, surtout sur un point aussi fin que le nombre d'épouses qui veulent partager un époux?

SUZANNE a dit...

Je ne crois pas que la polygamie est intrinsèquement immoral, comme l'homosexualité ou l'avortement.

Mais ça n'empêche pas que c'est un mal.

Surtout selon la façon qu'elle est pratiquée. Les hommes forment souvent des unions avec des mineures.

"Si les époux polygamistes trouvent que leur famille leur convient parfaitement, est-ce que l'idéal de Thomas d'Aquin a toujours plus d'importance pour toi que le bonheur réel de la famille polygamiste?"

Bien des gens peuvent dire qu'ils sont heureux, même la réalité objective est tout autre.

Je ne peux pas voir comment la polygamie peut être advantageux à des enfants. On sait que la relation avec le père est nécessaire pour une formation saine. Si le père est absent-- car bien des polygames possèdent plusieurs ménages-- ou, il ne peut pas se dévouer à ses nombreux enfants, on peut se demander comment ça peut avantager les enfants.

De plus, comment est-ce qu'on polygame puisse subvenir aux besoins de sa famille nombreuse? Dans l'Ancien Testament, c'était les hommes riches qui avaient plusieurs femmes. C'était une forme de prestige. Même aux pays Musulmans où la polygamie est légale, le Musulman moyen n'a qu'une femme, faute d'argent.

Je crois que si la polygamie devient plus répandue, la femme sera plus objectifiée. La monogamie a comme objectif de combler les deux époux; un polygame qui doit ménager son affectivité pour se donner à toutes ses femmmes n'aura pas le même dégré de dévotion pour chacune. Ça ne peut que nuire au mariage.

Ce n'est pas une question de nos religions emporter sur les autres. C'est une question de santé sociale basée sur la réalité des faits.

plumbkeith a dit...

Une pratique qui n'est pas immorale ne peut pas être rendue immorale par les gens immoraux qui la vivent. Cela ne fait pas que la pratique est un mal.

Des unions avec mineures, ça existe parmi les monogames aussi. Et tu ne sais pas de quoi tu parles quand tu dis que de telles outrages se passent «souvent» chez les polygames. C'est une grosse généralisation.

Le bonheur est connue de ceux et celles qui la vivent, et la «réalité objective» est suspecte. Les femmes polygames ne sont pas des cervaux-lavés. Ce sont des femmes capables et intelligentes qui ont fait un choix pour vivre d'une manière très différente par rapport à la norme.

Tu ne vois pas comment la polygamy peut être advantageux à des enfants parce que tu n'as jamais parlé avec les enfants des polygames. Je crois fermement qu'il y a des hommes qui sont de meilleurs pères pour cent enfants que bien des hommes ne le sont pour un ou deux. Et tu sais quoi? cela ne devrait pas surprendre que plusieurs femmes trouvent qu'un tel homme vaut être partagé entre elles.

La question de la subvention aux besoins de la famille nombreuse? Tu y as déjà répondue. Si un homme n'a pas les moyens, c'est peu probable qu'il pourra attirer l'attention sérieuse de plusieurs femmes. Comme je l'ai expliquée dans l'autre blog, et comme tu l'avais remarquée chez les Musulmans, les ménages polygames sont rares, mêmes là où elles sont légales. Et de plus, les femmes polygames ont plus de chances à suivre une carrière, car il y a des économies de taille sur les travaux ménagères dans les familles polygames.

L'objectification de la femme n'est pas un phénomène de la polygamie. Tout comme la pédophilie existe malheureusement chez les monogames, l'objectification de la femme est bien vive chez les monogames aussi. C'est encore une généralisation maladroite.

Dans une société qui accepte la polygamie, les femmes ont plus de pouvoir social, pas moins. C'est parce que les femmes qui choisissent de partager un époux exceptionnel ont toutes tout ce qu'elles veulent; ce qui laisse aux autres femmes (moins nombreuses que si la polygamie n'était pas permise) le choix parmi plus d'hommes. Les femmes non-polygames peuvent se donner la liberté d'être plus exigeantes envers leurs prétendants. C'est en effet un feminisme efficace et positif. Globalement, les hommes dans une société polygame doivent se comporter mieux que les hommes dans une société monogame. Cela a un effet tout à fait positif sur le mariage.

Tu admets que ce n'est pas une question de religion. Je déclare que ce n'est pas une question de santé sociale non plus. Ce sont simplement des préjugés. La réalité est que tu ignores beaucoup de faits sur la polygamie telle qu'elle est ou telle qu'elle serait vraisemblablement si elle était pratiquée légalement dans un contexte nord-américain actuel. Tu souffres de l'ethnocentrisme sur ce point, comme la quasi-totalité des Canadiens et des Américains.