15 août 2008

Les déboires du relativisme

Un billet de Réalité Virtuelle suscite certaines réflexions.

Il réagit à un billet par Richard Martineau sur le manque d'autorité parentale-- et je suis entièrement d'accord avec lui. Phillippe de RV enchaîne en disant que l'étatisme contribue au manque de responsabilité contribue au déclin de l'autorité parentale.

Je ne suis pas certaine que l'étatisme est une cause principale de l'incapacité des gens à s'assumer, bien que je suis d'accord que ça contribue au problème.

On peut citer beaucoup de facteurs qui mine à l'autorité parentale, mais je crois qu'un des facteurs les plus criants et le moins discuté est le relativisme philosophique et moral.

Ça peut sembler songé à première vue. Les média, notre culture populaire et d'élite n'aime pas être aussi "callés"-- les questions abstraites sont difficiles à confronter. On n'aime pas parler de la perte du sens moral. Ça fait vieux jeu. À la limite, on parle de la perte de "valeurs", parce que le concept de "valeurs" semble moins dogmatique, moins heurtant que le concept de "moralité". Dans l'imagination populaire, Quelqu'un qui croit en la morale absolue est quelqu'un de sectaire, d'autoritaire, de sans-coeur, incapable de "penser pour lui-même" parce qu'il ne laisse pas la place au relativisme dans sa pensée.

Depuis plusieurs décennies, on abandonne l'idée que l'être humain a besoin de règles de comportement strictes. Je ne dis pas que certaines questions ne sont pas difficiles et donc ne sont pas ni noir ni blanc. Mais admettons qu'il y a certains concepts et comportements qui sont évidemment bons ou mauvais, quelque soit leurs contextes ou les circonstances.

La tendance depuis au moins un siècle c'est de croire que l'univers est floue, l'être humain est floue, et sa perception est subjective et souvent erronée, donc on est complètement incapable de discerner les vérités absolues, donc on ne doit pas essayer par peur de s'induire en erreur, donc on devrait penser comme si tout était relatif.

Mais la réalité dément cette notion. Bien que l'individu est faillible, l'expérience de plusieurs, c'est-à-dire, la sagesse collective, peut compenser. Et même si l'individu et les collectivités sont parfois en erreur, ça ne signifie pas qu'ils sont toujours en erreur. Ce n'est pas parce que la perception humaine est subjective qu'on doit abandonner la quête pour la vérité.

On est capable d'arriver à des connaissances sur la nature de la réalité, et donc sur la nature humaine et donc les comportements nécessaires ("la morale") par la raison seule. On est capable de prédire le comportement humain parce que la nature humaine est stable. Donc on est capable de savoir quels comportements sont bénéfiques.

Pour en revenir au sujet initial: c'est parce que les gens manquent de connaissances sûres sur la nature humaine et la morale qu'ils sont incapables d'imposer leur autorité morale. Si tu n'es pas certain de tes valeurs, comment peux-tu t'imposer comme une autorité morale? Tu n'es pas en mesure de le faire. Si tu n'es pas certain de ton rôle, de la job devant toi, de ce que tu devrais enseigner, du bien-fondée de ta pensée et de ton agir, comment peux-tu réussir à te faire respecter? Si tu n'es pas certain que c'est correct de punir un enfant pour tel ou tel geste, comment est-ce que l'enfant va apprendre les bonnes valeurs?

On a tous des lacunes, des questionnements, des manques de données. Mais au fond, tout parent doit avoir la certitude que ce qu'il fait, en général, est basé sur les bonnes valeurs et il doit être capable de voir le résultat, c'est-à-dire: avoir un enfant qui est plutôt sage. Si ses idées morales sont floues, s'il ne croit pas être en quelque sorte le détenteur de la vérité pour son enfant, s'il agit comme il n'y a pas d'absolus, c'est sûr que son enfant ne lui respectera pas. L'enfant a besoin de quelqu'un qui sait ce qu'il fait et qui connaît les réalités du monde pour lui dire quoi penser et comment agir. Il n'est pas capable de raisonner lui-même et c'est carrément irresponsible de penser qu'il devrait le savoir. Aujourd'hui on est plus portée de traiter TOUTES nos idées comme des simples opinions ("je ne détiens pas la vérité") au lieu de transmettre certaines idées comme des règles de la vie. On ne veut pas imposer parce qu'on n'est pas sûr de soi-même. On pense tout est relatif, donc comment savoir ce qui est vrai ou faux? On ne sait pas.

Mais l'enfant a le besoin de savoir. Il veut être sécurisé. Les enfants sont capables de sentir qu'un adulte sait ce qu'il fait ou non. Rappeler vous des profs remplaçants à l'école qui n'étaient pas capable de garder contrôle de la classe? On en a tous eu. Ils n'étaient pas capables de contrôler la classe parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Ils ne connaissaient pas les enfants. Ils étaient incertains. Ils n'avaient pas la bonne méthode.

À un certain point, c'est la même chose pour les parents. Un parent qui ne sait pas quoi enseigner, comment s'imposer, etc, il ne fera pas respecté non plus.

Mais être "détenteur de la vérité" est perçu comme étant dangereux. Une personne qui a des opinions claires et nettes est perçue comme un intégriste potentiel. C'est pas cool. Pis en plus, souvent, en présentant la réalité de choses, on risque porter atteinte au plaisirs des autres. C'est le fun d'être égoïstes et irresponsables. La morale, c'est crispée. Des fois c'est pas drôle d'être mature-- il faut savoir comment être patient, comment sacrifier pour le plus grand bien, comment se forcer pour atteindre un but même quand ça nous tente pas. C'est platte ça!

Les gens ont tendance à suivre le courrant. Ils veulent pas être mal vus. Pis c'est beaucoup plus facile de se laisser faire. Donc leur style parental va refléter ces tendances.

Mais ils sont ignorants que leur bonheur et leur succès dépend sur la capacité de discerner la réalité des choses et d'agir en conséquence. Leurs enfants sont encore plus dépendants sur eux.

Donc, pour conclure, étant donnée que les adultes de nos jours croient que nos jugements sont relatifs, et qu'on n'est pas capables d'avoir une certitude morale quelconque, ils manquent de la certitude dans leurs propres idées et ne sont pas capables de se faire respecter. Les enfants voient bien que les parents sont incertains et profitent de cette manque d'autorité.

Et selon moi, c'est pour cela qu'on manque d'autorité parentale.

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